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PHOTOMATON, plus de 75 ans d'histoire(s) ! *
Les origines
Photomaton est un mot-valise composé de photo et d’automate : il désigne une cabine photographique automatique à développement instantané. En anglais, on la désigne sous le vocable de photobooth. On trouve dès la fin du XIXème siècle des procédés de photographie automatique dont les brevets sont déposés. Ainsi en 1889, lors de l’Exposition universelle de Paris, Ernest Enjalbert, un Français, expose son procédé de photographie automatique dont on peut considérer qu’il s’agit du 1er brevet déposé en la matière. La pose dure de trois à six secondes et l’appareil délivre un cliché au bout de cinq minutes. Néanmoins ce dernier est de mauvaise qualité, l’appareil tombe souvent en panne et il nécessite la présence d’une personne pour expliquer son fonctionnement. Durant cette période, différents brevets de machines fondés sur le procédé dit ferrotypique, qui permettait d’obtenir directement une épreuve positive sur une plaque métallique vernie en noir (l’appareil pouvait en contenir jusqu’à 400 préalablement préparées)vont être déposés. C’est ainsi que l’on va trouver parmi les machines les plus abouties, « l’automate Bosco ». En 1893, à l’occasion de la 1ère exposition internationale de photographies d’amateurs à Hambourg, l’Allemand Conrad Bernitt, présente un automate photographique appelé Bosco (du nom d’un magicien) : en introduisant une pièce de monnaie (souvent 10 centimes), les personnes avaient la possibilité de se voir remettre par l’appareil, après une attente de quelques minutes, un portrait. A l’origine, ces appareils automatiques sont perçus par leurs inventeurs comme des attractions, c’est pourquoi l’automate Bosco est déposé dans les fêtes foraines et les parcs d’attraction où il rencontrera d’ailleurs un grand succès populaire. Au fur et à mesure, l’appareil de photographie automatique va être amélioré. En 1911,Spiridione Grossi, conçoit un appareil photo permettant de délivrer un certain nombre de photographies sur une seule bande papier. Six portraits figurent sur une étroite bande photo (2,8 x 3,6 cm). Le procédé est intitulé « Sticky Backs ». L’intervention d’un photographe est toujours requise avec ce procédé. Anatol Josepho est un Américain d’origine russe. Dès l’âge de 15 ans, Anatol Josephewitz (son vrai nom) s’intéresse à la photographie et quitte sa Sibérie natale pour l’Allemagne afin d’assouvir sa passion et y étudier la photographie. Encouragé par son père, il trouve tout d’abord une place d’assistant dans un studio photographique à Berlin. En 1912, alors âgé de 18 ans, il quitte l’Allemagne pour New York, mais n’arrivant pas à trouver de travail revient en Europe, en Hongrie et ouvre son propre studio photographique de portraitiste à Budapest. Arrêté au début du premier conflit mondial, il est emprisonné et « profite » de cette période d’internement pour réfléchir à son invention. Il s’échappe avec un compagnon, regagne la Russie et est arrêté par les Bolcheviks. Il parvient à s’échapper et à fuir en Mandchourie. En 1921, il ouvre un studio photographique à Shanghai. Il profite de cette période pour travailler sur les détails techniques de son invention. Voyant bien qu’il n’aura pas assez d’argent pour développer son invention, il quitte la Chine pour les Etats-Unis et part pour San Francisco. En Californie, il étudie alors le procédé de photographie automatique alors le plus utilisée, le « Sticky Backs ». Il gravite en effet dans l’entourage de la famille de l’inventeur de ce procédé. Il s’aperçoit alors que l’argent seul ne suffira pas mais qu’il doit préalablement améliorer le concept de son invention. C’est ainsi qu’il fait un voyage à Hollywood afin d’étudier les techniques cinématographiques. C’est en 1924 qu’il semble avoir consolidé et stabilisé son invention, du moins sur le papier : une cabine photographique automatique payante. Il peut désormais se concentrer sur la dernière partie de sa quête : des fonds suffisants non seulement pour construire un prototype qui fonctionne mais aussi envisager sa commercialisation. Il arrive à New York avec cet objectif. Non sans mal, en 1925, avec l’aide de quelques connaissances et amis qui croient en son projet, il arrive à rassembler la somme des 11000 dollars nécessaires à la construction du prototype et surtout au dépôt du brevet lié. Le brevet faisait valoir que la machine Photomaton pouvait produire une bande de 8 photographies de bonne qualité en 8 minutes. En septembre 1925, Anatol Josepho réussit à ouvrir son studio Photomaton à New York (avec l’aide financière de la famille de sa petite-amie) : le succès fut immédiat. En effet, le procédé est simple, efficace, fiable, sans prétention esthétique. Il suffit d’introduire une pièce de 25 cents dans l’appareil, le mécanisme de prise de vue s’enclenche alors instantanément sans l’aide d’un opérateur tiers et délivre en quelques minutes huit portraits d’identité sur une même bande. En avril 1927, Time Magazine rapporte qu’en six mois, le Photomaton d’Anatol Josepho a vu passer 280 000 clients devant son objectif. Il a réussi à réaliser une synthèse créative entre les aspects techniques et l’attente des clients. Fruit de son expérience métier exercée dans différents studios photographiques, dans différents lieux, Anatol Josepho a mêlé différentes techniques existantes, en particulier celles issues du monde cinématographique afin de rendre son procédé fiable et autonome. Peu couteux pour les utilisateurs, le Photomaton pouvait délivrer des photographies dont la rapidité d’obtention, le format et la qualité permettaient de nombreuses applications : contrat de travail, carte d’identité, permis de conduire, passeport, carte de vœux, d’anniversaire, «billets doux », etc.
La commercialisation du Photomaton et la diffusion à grande échelle
Le succès immédiat du Photomaton attire l’attention d’un homme d’affaires, Henry Morgenthau senior. Regroupant autour de lui quelques investisseurs, il acquiert en 1927 les droits de Photomaton auprès de Anatol Josepho pour un montant d’un million de dollars de l’époque. Ce consortium, intitulé Photomaton Inc., a déjà installé en novembre 1928, 120 machines aux Etats-Unis, Grande Bretagne, Afrique du Sud, Shanghai… Les premières cabines sont installées dans les halls de gare, les stations de métro, les salles de jeux et divers autres lieux publics. Depuis 1928, c’est la British Photomaton Parent Corporation qui bénéficie des droits exclusifs d’exploiter « en France, dans les colonies et protectorats » le nom et la marque Photomaton. L’invention d’A. Josepho connu une évolution notable en 1941 grâce à Phillip S. Allen qui fit évoluer le mécanisme interne. L’entreprise qui facilita ce travail autour d’Allen existe toujours. Il s’agit de Photo Me (http://www.photo-me.com/) dont la société française Photomaton qui exploite les cabines-photos éponymes en France est une filiale. La société Photo Me exploite aujourd’hui 21 000 cabines dans 20 pays différents.
Pourquoi le Photomaton est-il une innovation culte ?
Grâce à Anatol Josepho, la photographie a pu se rapprocher des gens. La cabine-photo, tel un cocon, permet à chacun de livrer la trace de son passage à jamais sur support papier quand on veut où l’on veut, à partir du moment où il y a un Photomaton à proximité. L’usage du Photomaton est intrinsèquement lié aux évolutions de la société. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, le portrait réalisé au Photomaton constituait un objet tangible, visuel et donc sentimental important entre les soldats et leur entourage. Cette petite photographie sur bande, à l’origine issue d’une action individuelle, devient un élément de la mémoire collective. Elle contribue à la construire et de fait devient presque involontairement un repère de génération en génération. De même, à partir du début du XXème siècle, le portrait s’ancre de plus en plus dans un environnement administratif, et devient un élément d’identification et de justification d’une identité médico-légale voire politique. Là encore le Photomaton tient une place prépondérante. Il est le lieu qui permet ce lien. Paradoxalement, le Photomaton peut aussi s’avérer être un outil artistique. Ce fut le cas des artistes surréalistes, qui intégreront dans leur démarche artistique le détournement de l’autoportrait automatique, qu’ils comparent à une psychanalyse par l’image… Plus tard, Andy Warhol par exemple ou plus récemment Nakki Goranin, artiste américaine auteur du livre American Photobooth ou Daniel Minnick utiliseront le Photomaton. Ce dernier explique : « les limites du Photomaton m’offrent la possibilité, à travers son image, de dévoiler son intérieur et de créer des décors inédits dans lesquels je joue ». Par ailleurs, Michel Folco, ancien photographe de presse devenu écrivain, a longtemps traqué dans les gares parisiennes, recollant ces morceaux de visage sur des albums. Sa manie a d'ailleurs inspiré le réalisateur Jean-Pierre Jeunet pour le scénario du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (2001). Récemment, c’est l’univers de la publicité qui s’est approprié cette cabine en support de communication. Ainsi, l’agence Scholz & Friends Berlin a remporté en 2006 l’Epica d’or dans la catégorie print grâce à la campagne « Wrong working Environment campaign » réalisée pour Jobsintown.de, un site spécialisé de recherche d’emploi en Allemagne. Le principe est de réinventer l’espace de la cabine en lieu de travail, minuscule surface, afin d’inviter les passants à réfléchir sur leurs conditions de travail. « Life is too short for the wrong job! ». Encore de nos jours, le Photomaton continue d’évoluer. C’est ainsi que la société Photo-Me vient de lancer un nouveau modèle conçu par Philippe Starck. Au-delà de ses nouvelles formes la cabine-photo Photomaton se dote de nouvelles fonctionnalités en lien avec son temps : écran tactile, capteurs intelligents, réalité augmentée, connexion 3G permettant d’envoyer ses clichés sur Facebook, Picasa. Quand un objet, fruit d’une synthèse technologique, entre à ce point en résonnance avec les battements de la société, c’est bel et bien d’innovation qu’il faut parler.
* Photomaton remercie chaleureusement Mr Sébastien Brunet car cet historique de la cabine Photomaton reprend en grande partie son travail intitulé "Un cas d'innovation : la cabine photo Photomaton" téléchargeable ici.
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